Sélectionner une page
J’ai toujours raconté à juste titre comment j’en étais arrivé à enseigner le yoga… Oui mais pas tout, tout n’était pas dit et tout ne le sera pas puisqu’il n’y a ici que mon point de vue, mon expérience de ces évènements…

La fin…

Voilà c’était une magnifique journée de juillet 2009, le 15 selon mon agenda Google (déjà addict à l’époque), je suis arrivée vers 9h00 dans ce magnifique gratte-ciel du financial district, l’entrée toute en marbre, ça me faisait bizarre. Ce serait la dernière fois que je venais : je le savais, les associés le savaient, la RH le savait, mes amis le savaient, mais tout le monde faisait semblant…
Cette impression que le temps s’arrête, que vous êtes la seule à connaître le secret et que les autres courent autour de vous englués dans leurs propres drames…

J’avais déjà vidé mon casier, ça faisait des semaines que j’attendais ce rendez-vous, le bureau était à moitié vide (les vacances, les licenciements..). Je suis montée au 14ème étage et j’ai attendu l’heure du rendez-vous, je me suis installée à ma station, je suis allée voir des amies à leur bureau, j’avais envie de leur crier « mais bon sang réveillez-vous !!!! ».

Et puis le rendez-vous est arrivé, ce n’était pas dans la même pièce luxueuse où nous avions été embauchés, c’était un petit bureau minable, sans fenêtre extérieure, un peu en retrait, bien sur vitré. Il y avait moi, l’associé et la RH.
J’ai écouté leur bla-bla : c’était vraiment du bla-bla puissance 10 000, j’étais vidée, fatiguée, j’ai signé le papier et c’était fini.

Sur le retour, je me suis arrêtée au petit café bio que j’avais découvert il y a quelques mois et où je passais facilement 1h par jour les après-midi au lieu de faire semblant de bosser sur des projets qui n’existaient plus. Quelle farce… Je suis allée prendre mon café à emporter et je me suis dit que c’était la dernière fois… Ça l’était vraiment, je n’y suis jamais retournée.

Ce jour-là a été la dernière fois de tellement de choses de ma vie.
J’étais libre mais je me sentais nulle… C’était un rêve que j’avais eu et que je n’avais pas pu mener à terme.
Mais je me sentais libre, au fond de moi je savais que la décision était la bonne, oui mais je me sentais nulle, j’avais perdu mon statut, je ne pouvais plus impressionner personne.
Ce jour-là n’est pas le jour où ma vie a explosée, ce jour-là débutait une nouvelle page, que j’avais mis des mois à construire…

Le jour où ma vie a explosée :

Il y a un mélange de choix, d’obligations, de destiné qu’on ne contrôle pas… Quelle est vraiment notre part de volonté dans ces bouleversements, je n’en suis pas sûre.

Après analyse, je me rends compte que cette journée n’était que l’aboutissement d’une suite de micro-évènements que j’avais bien repéré. Sept mois après mon embauche j’avais eu cette impression, bien sûr je m’étais empressée de l’enfouir, ça passerait… Ça ne passe jamais, mais je ne le savais pas…

En janvier 2009, après qu’une amie démissionne pour harcèlement moral et discrimination de genre (vous savez, quand ce sont toujours les mêmes qui ont les super projets, les promotions…) j’ai décidé que c’en était trop pour moi aussi. Peut-être que dans cette histoire, ce qui m’a sauvé, c’est que je n’ai jamais douté de mes capacités intellectuelles et professionnelles, je savais que j’étais bonne, très bonne, jamais on n’a pu me dire que mon travail n’était pas suffisant.

Alors à partir du départ de mon amie Tracy, j’ai commencé à préparer ma sortie : je ne voulais pas juste démissionner bêtement sans faire entendre ce que j’avais à dire…

Pendant des mois et des mois, jusqu’en mars, j’ai préparé mon entretien : ce que je pourrais dire, ce que je ne pouvais pas dire, ce qui constituerait un bon argument. A cette époque de l’année il n’y avait quasiment aucun boulot (bon il y a toujours du monde qui brasse de l’air quand même, il faut bien facturer le client…)
Le soir je pratiquais ma conversation et le lendemain on prenait une salle de réunion avec mes amies pour jouer la réunion.
Et à chaque fois on se demandait : est-ce que je devrais le faire, est-ce que j’allais ruiner ma carrière, est-ce qu’il ne valait mieux pas que je parte discrètement comme toutes les autres… ?

Il ne fallait pas trop attendre sinon j’aurais changé d’avis, j’ai pris rendez-vous avec l’associé, j’ai aussi pris tous mes rendez-vous médicaux, j’ai liquidé mon 401k, je ne savais pas comment ça allait se passer, si j’allais partir immédiatement… Non, ce serait une petit mort lente, très lente…

Je suis allée au rendez-vous, j’avais mon cœur dans ma gorge, ce laïus que j’avais préparé, il fallait qu’il ne manque rien à mon discours. C’était une terrible journée, froide, glaciale, pluvieuse. J’ai fait un détour pour voir un ami qui travaillait dans un autre étage du bâtiment, je voulais qu’il me dise « non n’y vas pas, ne fait pas ça, tout ira bien ». Mais non, il m’a demandé ce que je faisais là, m’a dit que j’allais être en retard au rendez-vous, que j’étais prête, qu’il fallait y aller.

Vous savez ce moment dans les films où le vilain a la main sur le détonateur… J’avais cette impression, je voulais que quelqu’un vienne me sauver mais j’étais face à mon destin.

Tout était fini avant que ça ne commence, je savais exactement ce qu’il allait se passer, la fausse écoute, les faux semblants…
Je pense que j’ai dit une phrase avant d’éclater en larmes, tous ces mois de stress qui ressortaient maintenant, pile maintenant où j’avais le plus besoin de me concentrer sur ce qu’il fallait que je dise, comment je devais le dire et ce qu’il ne fallait pas dire… On est si compliqués, nous, les humains…
L’associé médusé prenait des notes et le ton montait entre moi et moi l’énervement, la tristesse, l’amour que j’avais eu pour ce métier. Je pense qu’il m’a servi un verre d’eau, il a attendu que je me calme et j’ai tout repris depuis le début.
La machinerie était en action, ma carrière terminée, c’était un choix que je n’aurais jamais voulu faire.
Quand le rendez-vous a été terminé je ne savais plus vraiment quoi faire, où aller ? Est-ce que je rentrais chez moi ? Est-ce que j’allais manger avec mes collègues comme si de rien n’était ?
J’ai pris mes affaires et je suis partie ; un terrible poids dans ma poitrine. Je suis rentrée à l’appart et ma coloc Abigail était là, elle était malade, on est allée prendre un café, un cours de yoga dans notre studio.

A partir de ce moment j’ai attendu de partir, j’ai attendu ce mois de juillet avec de plus en plus de résignations, je n’avais plus la force de prendre une autre décision. J’ai pris des billets pour le Pérou et je suis professionnellement morte.

Trois semaines après ce dernier rendez-vous de juillet, toutes mes affaires, mes 8 années aux Etats Unis étaient dans 8 cartons. Hahaha je viens de me rendre compte de l’ironie, je n’avais jamais fait le lien, 8 ans aux US et 8 cartons, 8 c’est un peu symbolique finalement…

3 semaines, 8 cartons, 2 valises, un billet pour le Pérou ; et je ne savais toujours pas que j’allais enseigner le yoga… On ne se lève pas un jour avec cette idée géniale « je vais être prof de yoga » hahaha. Quand le destin frappe à notre porte on ne le laisse en général pas entrer du premier coup, non ? Pas moi en tous cas, je suis têtue (et pas toujours dans le bon sens…)

Et après ?

Et après il faut du temps, du vide, de l’espace. J’ai été bénévole sur un site archéologique à Lima, j’étais seule, je grattais la terre : sur la petite dune la vie prenait doucement un autre sens.
La vie prend toujours soin de nous. Si toi aussi tu traverses ce séisme je veux te dire que de l’autre côté, une douceur extrême t’attend.

Je n’avais plus de responsabilités, je grattais le sol (vraiment !) et un jour, je suis sur ma petite dune à Lima avec mes collègues péruviens, le téléphone sonne et c’est un concurrent de mon ancienne boite qui cherche à m’embaucher…. C’était irréel, grotesque..

Tu te rends compte ? Imagine-toi bien la scène :

J’ai ma petite bèche dans une main, le casque sur la tête, la radio du collègue à fond à coté de moi, et le type me raconte quelque chose qui me semble tellement, mais tellement éloigné de la réalité, de la vie, de moi. Je lui ai dit que ça allait être compliqué, que j’avais quitté le territoire, que je ne reviendrai pas. Il a insisté, il pouvait me recevoir dans la semaine… Ah oui, le destin nous teste
Voilà c’est là, c’est à ce moment que j’ai décidé d’aider les autres à se sentir bien, en phase, que ce serait sûrement le yoga. Quand une opportunité s’éloigne alors la route s’ouvre étrangement…

Ce que j’ai appris quand je regarde cet épisode de ma vie.

Si je te raconte tout ceci c’est aussi et surtout pour te dire que les tempêtes de la vie nous bousculent toutes, et d’autres sont encore à venir, la vie est ainsi faite.
Pour aller plus loin sur ce thème j’ai créé un PDF à télécharger avec tout plein d’idées de pratique qui m’aident personnellement quand le sol se dérobe de dessous mes pieds. Tu peux le télécharger en bas de page.

Notre existence humaine est infiniment fragile, ce que nous avons construit avec soin… ? Juste un château de sable par rapport à la force de la vie, de l’océan
Si la vie nous frappe ainsi c’est pour nous réveiller, nous révéler, parce que nous ne sommes pas le château de sable, nous ne sommes pas la carrière que nous nous sommes construites, nous ne sommes pas nos amies, notre maison, notre compte en banque…

Nous sommes l’océan.

Voilà il a fallu que je me rappelle que j’étais l’océan, le réveil est rude, surtout si nous avons dormi dans notre rêve pendant longtemps.
Mais quand on est l’océan, quand on revient à la source, tant de choses sont de nouveau possibles. C’est très grisant.

Il faut du temps, parfois beaucoup de temps. Je me souviens en Floride pendant le passage des ouragans, l’agitation avant la tempête et puis l’ouragan déferlant et puis le calme dans l’œil de l’ouragan… Et le lendemain sortir, voir ce qui reste…

Notre erreur est de penser que l’ouragan est terminé dans notre vie… Alors que je pense sincèrement que si la vie se calme c’est que nous sommes juste dans l’œil de la tempête… C’est à la fin de notre vie, au moment du tout dernier souffle que la tempête nous quittera. Il faut apprendre à être l’océan… (ou la tempête comme vous préférez hihihi)

Powered by WishList Member - Membership Software